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L'élève turbulent de Port-Royal-des-Champs Racine reçut l'éducation de ces « messieurs » de Port-Royal-des-Champs. Grâce
aux jansénistes donc, il lut rapidement tous les auteurs grecs, dont il apprit
par coeur les meilleurs extraits. Bien que tenté un temps par la vie mondaine et
en rupture avec ses anciens maîtres - qui ne se privèrent pas de monter des
cabales contre ses tragédies -, il ne se dégagea jamais de sa première
éducation. Tout son théâtre en est imprégné : théâtre de la misère humaine, de
l'implacable cruauté des destins, L'univers de Racine est proche de celui de
Pascal, de Mme de La Fayette et de La Rochefoucauld. L'homme y est, par nature
et dès sa naissance, coupable. L'impureté lui est attachée. Georges Poulet
(Études sur le temps humain/4, « Racine ») le rappelle : « Tel est
le principe de la pensée janséniste : celui d'une altération incessante du divin
par l'homme, non seulement au moment où par ses actes il s'avère criminel, mais
à la source même de son existence ; comme si celle-ci s'empoisonnait à mesure
même qu'elle se continuait. » Le monde racinien, janséniste dans ses
profondeurs, est donc pervers, soumis à la colère céleste ; et l'homme racinien
a conscience d'y être abandonné.
Le maître de la « clarté sombre » La tragédie racinienne repose sur une ambiguïté fondamentale. Chaque
personnage y contemple sa passion au-dedans de lui-même. Il a perdu ses repères
spatio-temporels : « Insensée, où suis-je ? Qu'ai-je dit ? / Où laissé-je
égarer mes voeux et mon esprit ? » (Phèdre, IV, 6). Pris dans un
labyrinthe, il est égaré et troublé : « Un je ne sais quel trouble
empoisonne ma joie » (Esther, II, 1). Aussi implore-t-il le soleil, la
lumière, car il est conscient de son trouble, de ce sentiment passionné qui
altère son jugement. Il lutte pour savoir, pour terrasser son ignorance.
Cependant, et là réside l'ambiguïté, égaré à l'origine de son questionnement, il
s'égare encore plus lorsqu'il sait. En effet, la conscience de lui-même ne lui
donne pas la lumière espérée ; au contraire elle fait naître l'horreur : «
J'ai pris ma vie en haine et ma flamme en horreur » (Phèdre, I, 4). Si
Racine est bien le dramaturge de l'espace intérieur, il est surtout le
révélateur de notre part d'ombre, et la lumière qu'il projette sur ses héros est
négative : se découvrir, c'est toucher à la corruption de sa propre nature.
Le disciple de Boileau Racine doit en partie son goût pour le détail, pour l'économie des mots, leur
précision, leur pouvoir, la valeur de leur place, la correction et l'élégance de
l'expression, la solennité de la phrase, à son ami Boileau, qui se glorifia de
lui avoir appris « à faire difficilement des vers faciles ». Sans doute Racine
est-il aussi à l'école de Vaugelas et jouit-il d'un don poétique sans lequel la
contrainte n'aurait pas pu porter ses fruits. Il reste qu'il écrit avec une
élégance comparable à celle de Mme de La Fayette, qu'il élude les détails
inutiles, qu'il est volontiers abstrait et analytique, que ses vers sont
mélodieux et qu'il a l'art des transitions. Enfin, il met à profit un précepte
de son maître (« Qui ne put se borner ne sut jamais écrire » ) en
créant fort peu, cessant même d'écrire pendant dix ans.
Ce texte est extrait de l'ouvrage « Mémo Références •
Dictionnaire de la littérature française », Évelyne Amon, Yves Bomati,
Éditions Bordas. Tous droits réservés.
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