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 Jean Racine (1639-1699)

Repères biographiques

L'élève turbulent de Port-Royal-des-Champs
Racine reçut l'éducation de ces « messieurs » de Port-Royal-des-Champs. Grâce aux jansénistes donc, il lut rapidement tous les auteurs grecs, dont il apprit par coeur les meilleurs extraits. Bien que tenté un temps par la vie mondaine et en rupture avec ses anciens maîtres - qui ne se privèrent pas de monter des cabales contre ses tragédies -, il ne se dégagea jamais de sa première éducation. Tout son théâtre en est imprégné : théâtre de la misère humaine, de l'implacable cruauté des destins, L'univers de Racine est proche de celui de Pascal, de Mme de La Fayette et de La Rochefoucauld. L'homme y est, par nature et dès sa naissance, coupable. L'impureté lui est attachée. Georges Poulet (Études sur le temps humain/4, « Racine ») le rappelle :
« Tel est le principe de la pensée janséniste : celui d'une altération incessante du divin par l'homme, non seulement au moment où par ses actes il s'avère criminel, mais à la source même de son existence ; comme si celle-ci s'empoisonnait à mesure même qu'elle se continuait. » Le monde racinien, janséniste dans ses profondeurs, est donc pervers, soumis à la colère céleste ; et l'homme racinien a conscience d'y être abandonné.

Le maître de la « clarté sombre »
La tragédie racinienne repose sur une ambiguïté fondamentale. Chaque personnage y contemple sa passion au-dedans de lui-même. Il a perdu ses repères spatio-temporels : « Insensée, où suis-je ? Qu'ai-je dit ? / Où laissé-je égarer mes voeux et mon esprit ? » (Phèdre, IV, 6). Pris dans un labyrinthe, il est égaré et troublé : « Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie » (Esther, II, 1). Aussi implore-t-il le soleil, la lumière, car il est conscient de son trouble, de ce sentiment passionné qui altère son jugement. Il lutte pour savoir, pour terrasser son ignorance. Cependant, et là réside l'ambiguïté, égaré à l'origine de son questionnement, il s'égare encore plus lorsqu'il sait. En effet, la conscience de lui-même ne lui donne pas la lumière espérée ; au contraire elle fait naître l'horreur : « J'ai pris ma vie en haine et ma flamme en horreur » (Phèdre, I, 4). Si Racine est bien le dramaturge de l'espace intérieur, il est surtout le révélateur de notre part d'ombre, et la lumière qu'il projette sur ses héros est négative : se découvrir, c'est toucher à la corruption de sa propre nature.

Le disciple de Boileau
Racine doit en partie son goût pour le détail, pour l'économie des mots, leur précision, leur pouvoir, la valeur de leur place, la correction et l'élégance de l'expression, la solennité de la phrase, à son ami Boileau, qui se glorifia de lui avoir appris « à faire difficilement des vers faciles ». Sans doute Racine est-il aussi à l'école de Vaugelas et jouit-il d'un don poétique sans lequel la contrainte n'aurait pas pu porter ses fruits. Il reste qu'il écrit avec une élégance comparable à celle de Mme de La Fayette, qu'il élude les détails inutiles, qu'il est volontiers abstrait et analytique, que ses vers sont mélodieux et qu'il a l'art des transitions. Enfin, il met à profit un précepte de son maître (« Qui ne put se borner ne sut jamais écrire » ) en créant fort peu, cessant même d'écrire pendant dix ans.

Ce texte est extrait de l'ouvrage
« Mémo Références • Dictionnaire de la littérature française »,

Évelyne Amon, Yves Bomati, Éditions Bordas. Tous droits réservés.


D'après l'ouvrage
« Mémo Références • Dictionnaire de la littérature française »
Disponible en librairie

 
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